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💡 En bref
Beaucoup de croyants pensent qu'il faut choisir entre la psychologie et leur foi. Or le mot grec psukhê, qui a donné « psychothérapie », a été traduit en arabe par nafs dès le IXe siècle, à Bagdad. La psyché et la nafs désignent la même réalité : ce qui, en nous, sent, désire, a peur et se souvient. D'où ma pratique psychospirituelle : travailler sur ses pensées et ses émotions, c'est travailler sur sa nafs.
Une femme se réveille chaque nuit avec une boule dans la poitrine. Elle a lu des livres sur l'anxiété et le stress, qui lui ont expliqué que, quand la boule monte, elle doit ralentir sa respiration jusqu'à ce que son cœur se calme. Elle prie aussi. Elle a pourtant le sentiment de vivre deux choses séparées : d'un côté la gestion de son stress, de l'autre sa foi. Des personnes dans son cas me demandent souvent pourquoi je mêle la psychologie et la spiritualité. Ma réponse tient en une phrase : la psyché et la nafs sont une seule et même réalité, et travailler sur la psyché, c'est travailler sur la nafs.
Cette réponse surprend, parce qu'on croit souvent que la psychothérapie est née en Europe, avec Freud. Pourtant, des siècles plus tôt, des médecins et des savants musulmans prenaient déjà soin de la psyché.
Le mot « psychothérapie » vient du grec. Psukhê veut dire le souffle, la vie, l'âme, et therapeia le soin, mais aussi le service qu'on rend à quelqu'un. Le psychothérapeute est donc, au sens propre, celui qui prend soin de l'âme.
Au IXe siècle, à Bagdad, des traducteurs mettent en arabe le livre d'Aristote sur l'âme. Pour rendre le mot grec psukhê, ils choisissent le mot nafs. Pour eux, les deux mots désignaient donc une seule et même réalité.
Le Coran parle de cette même nafs, et il en décrit trois états : l'âme qui pousse au mal (12:53), l'âme qui se reproche ses fautes (75:2), et l'âme apaisée, à qui Allah dit :
« يَـٰٓأَيَّتُهَا ٱلنَّفۡسُ ٱلۡمُطۡمَئِنَّةُ ٱرۡجِعِيٓ إِلَىٰ رَبِّكِ رَاضِيَةؗ مَّرۡضِيَّةؗ »
Yā ayyatuhā n-nafsu l-muṭma'inna, irjiʿī ilā rabbiki rāḍiyatan marḍiyya
« Ô toi, âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée. » (Coran 89:27-28, trad. Hamidullah)
Ces trois états, chacun de nous les traverse. Un père s'emporte contre son fils pour une remarque de trop, il s'en veut dès qu'il a claqué la porte, et un autre jour il trouve assez de calme pour répondre sans crier. Pour un croyant, prendre soin de sa nafs veut donc dire deux choses à la fois : apaiser ses peurs et ses colères, et l'aider à retourner vers Allah. La psychologie aide ce père à passer de la colère au calme. Le verset ajoute ce que la psychologie ne dit pas : l'âme apaisée retourne vers son Seigneur.
Des savants musulmans ont écrit des livres entiers sur la santé de l'âme, et ces livres parlent de souffrances que chacun connaît. Le savant Abū Zayd al-Balkhī distingue déjà les maladies du corps de celles de l'âme. Parmi celles-ci, il traite de la peur, de la colère, de la tristesse et des pensées qui tournent en boucle. À la personne qui a peur, il conseille de s'approcher peu à peu de ce qu'elle craint. Le psychologue Malik Badri reconnaît d'ailleurs dans ses pages des méthodes que les thérapies d'aujourd'hui emploient encore. Après lui, le médecin al-Rāzī et le philosophe Miskawayh appellent l'envie et la colère des maladies de l'âme, et ils apprennent à leur lecteur à s'en défaire.
Pour moi, ce soin de l'âme a un modèle plus ancien que ces savants. L'imam Ali (as) décrit le Prophète ﷺ comme un médecin des cœurs :
« طَبِيبٌ دَوَّارٌ بِطِبِّهِ، قَدْ أَحْكَمَ مَرَاهِمَهُ، وَأَحْمَى مَوَاسِمَهُ، يَضَعُ ذلِكَ حَيْثُ الْحَاجَةُ إِلَيْهِ، مِنْ قُلُوبٍ عُمْيٍ، وَآذَانٍ صُمٍّ، وَأَلْسِنَةٍ بُكْمٍ، مُتَتَبِّعٌ بِدَوَائِهِ مَوَاضِعَ الْغَفْلَةِ، وَمَوَاطِنَ الْحَيْرَةِ »
Ṭabībun dawwārun bi-ṭibbih, qad aḥkama marāhimah, wa aḥmā mawāsimah, yaḍaʿu dhālika ḥaythu l-ḥājatu ilayh, min qulūbin ʿumy, wa ādhānin ṣumm, wa alsinatin bukm, mutatabbiʿun bi-dawā'ihi mawāḍiʿa l-ghafla, wa mawāṭina l-ḥayra
« Un médecin qui fait sa tournée avec ses remèdes. Il a préparé ses onguents et fait chauffer ses fers. Il les pose là où l'on en a besoin : sur les cœurs aveugles, les oreilles sourdes, les langues muettes. Avec son remède, il va chercher les lieux de l'insouciance et les demeures du désarroi. » (Nahj al-balāgha, sermon 108, traduction de travail)
Dans ce portrait, le Prophète ﷺ va lui-même vers les malades, là où ils souffrent.
J'ai fait des études de psychologie, puis je me suis formée, dans des instituts privés en France et à l'étranger, à une dizaine de thérapies. Elles aident à se libérer des blessures, des traumatismes et des pensées illusoires et limitantes. J'ai ensuite pratiqué comme la plupart des praticiens en psychothérapie et des coachs. En parallèle, j'ai étudié les sciences religieuses. Ma science de prédilection est le ʿirfān, c'est-à-dire la gnose, la spiritualité, et je me suis formée en outre à la guérison spirituelle par le dhikr.
Je ne conçois pas la psychologie sans l'islam, ni l'islam sans la psychologie, parce que la nafs et la psyché sont une seule réalité. Une personne qui apprend à apaiser sa colère apaise sa nafs. Et quand elle se rapproche d'Allah, ses peurs perdent de leur force. C'est cette conviction qui m'a fait prendre un tournant dans ma pratique, en 2015. Depuis, je construis mes propres méthodes. J'y réunis la rigueur de la recherche, les outils des thérapies brèves et la sagesse du ʿirfān.
Revenons à la femme qui se réveille chaque nuit avec une boule dans la poitrine. On peut travailler avec elle sur sa respiration, sur les pensées qui nourrissent sa peur, sur ce que son corps lui signale. On peut aussi regarder ce que cette peur dit de sa confiance en Allah, et ce que le dhikr peut lui apporter quand l'angoisse monte. Les deux se font dans la même séance, parce qu'ils touchent la même nafs.
Les savants d'hier n'avaient pas les outils de la psychologie d'aujourd'hui. Nous avons, nous, ces outils, et nous avons aussi l'héritage qu'ils nous ont laissé. Dans ma pratique, je me sers des deux.
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J'écris aussi des livres, pour les enfants comme pour les adultes. Ils traitent de la parentalité et de l'éducation selon le modèle prophétique, de l'anxiété et du lâcher-prise, ou de la libération des traumatismes sous l'angle de la psychothérapie et de la spiritualité islamique. Pour les enfants, une série consacrée à la transmission des valeurs est en cours de publication, et ses quatre premiers livres paraîtront dans quelques jours, in shā' Allāh. Les autres livres sont en cours de relecture ou de réédition. Vous les découvrirez tous dans la partie « Ouvrages » de la page d'accueil du site à leur parution.
Faut-il aller très mal pour se faire accompagner ?
Non. Les savants cités dans cet article écrivaient pour la peur, la colère, la tristesse et les pensées qui tournent en boucle, des états que chacun traverse. Une anxiété qui revient sans cesse et finit par vous épuiser suffit pour demander de l'aide. Si un médecin vous suit déjà, gardez ce suivi : mon accompagnement vient en complément.
Dois-je choisir entre un suivi psychologique et ma foi ?
Non, et cet article explique pourquoi. La psyché dont s'occupe le psychologue et la nafs dont parle le Coran sont la même réalité. Un travail qui apaise vos peurs sert aussi votre vie spirituelle, et votre lien à Allah soutient ce travail.
Que fait-on dans une séance psychospirituelle ?
On travaille sur le corps, les pensées et les émotions avec les outils des thérapies, et l'on regarde dans le même temps ce que la difficulté touche dans votre relation à Allah. Selon les cas, le dhikr et l'invocation font partie du travail.
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